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Positiver !

Posted by Speakeasy News > Friday 07 April 2017 > Pedagogy


Des techniques de psychologie positive sont de plus en plus utilisées pour donner des outils aux enseignants afin qu’ils aident leurs élèves à mieux vivre leur scolarité et à mieux apprendre. Entretien avec Laure Reynaud, enseignante, formatrice et co-fondatrice de Scholavie, association qui promeut l’éducation positive en France.

D’abord, en quoi consiste l’éducation positive ?
L’éducation positive est un concept né à la fin du siècle dernier, à l’occasion de recherches sur la psychologie positive, une orientation assez récente qui utilise toutes les ressources de la psychologie pour étudier quelles sont les compétences à acquérir afin d’être heureux dans la vie. C’est la science du bien-être.

L’éducation positive veut donc promouvoir le meilleur plutôt que réparer le pire, éliminer les émotions négatives et développer les émotions positives. L’apprentissage des compétences scolaires ou universitaires est essentiel mais le sont tout autant les compétences dites psycho-sociales : apprendre la confiance en soi, la motivation ; apprendre à exprimer et à gérer ses émotions, à développer des émotions positives, à identifier ses talents, ses forces, apprendre l’empathie, la gratitude, la gentillesse. Tout ça s’apprend, et peut être mesuré scientifiquement.

Quel est votre parcours ? Comment avez-vous découvert l’éducation positive ?
J’ai enseigné pendant 17 ans, pour la plupart en primaire, CE1-CM2 et les 3 dernières années au lycée.

Partout où je suis passée, j’ai vu des élèves angoissés, préoccupés. Intuitivement, comme beaucoup de professeurs, j’ai senti qu’il y avait un nécessaire changement de position du professeur. Je cherchais des arguments pour convaincre mes collègues. On m’objectait souvent, “On n’est pas là pour leur donner confiance en eux, la motivation…”

Il y a 5 ans, j’ai voulu savoir ce qui se faisait dans la matière ailleurs. J’ai obtenu un petit financement pour faire le tour de la question. J’ai étudié la situation au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, en partie sur place, surtout à distance. J’ai fait beaucoup de rencontres et cherché des études scientifiques.

Cela a abouti à un diplôme de psychologie positive et de pleine conscience. C’est une approche qui fédère ce dont on sait que cela fonctionne.

Puis il y a eu la rencontre avec la Dr Ilona Boniwell, la rencontre entre deux mondes, la pédagogie d’une part et la science et la psychologie de l’autre.

Ilona avait passé 15 ans à faire des recherches, avait développé un programme et des outils mais ils n’étaient pas toujours adaptés à la réalité des classes.

Nous nous sommes attelées à les revisiter et les relier systématiquement aux compétences mises en avant dans les programmes scolaires. Ces techniques se prêtent particulièrement bien à l’interdisciplinarité et à l’expression orale.

Que propose ScholaVie aux établissements scolaires, et aux enseignants ?
Pour l’instant, ScholaVie propose une offre pour l’enseignement du français et de l’anglais, des programmes clés en main pour les professeurs qui permettent de développer les compétences psycho-sociales: confiance, gérer ses émotions, état de pleine conscience, résilience, bienveillance… Dans chaque leçon, il y a un éclairage scientifique.

Les programmes sont utilisés dans une dizaine d’écoles publiques ou privées à titre expérimental, à Paris, Bordeaux, Lille (primaire et collège), une école à Londres. On vient juste de commencer l’expérimentation dans 2 lycées parisiens d’un parcours pour aider avec l’orientation. A partir de septembre Scholavie deviendra un organisme de formation agréé par le Ministère de l’éducation nationale.

Comment ça fonctionne sur le terrain ?
Pour commencer à mettre en place un projet d’éducation positive dans un établissement, il faut un noyau d’enseignants motivés : 2-3 professeurs un peu porteurs qui forment une équipe encadrante. En collège ce sont souvent des professeurs principaux, qui peuvent intégrer l’éducation positive lors des heures de vie de classe, pendant des EPI et l’AP.

Quand le projet s’installe, il commence à faire écho dans le quotidien. C’est loin d’être du travail en plus. Une fois mis en place, cela améliore les prises de parole, la coopération, les écrits. Les élèves en général sont ravis de sortir de l’ordinaire et réclament les séances.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret d’activité de classe ?
Une activité de groupe simple mais qui permet beaucoup de prolongements, est le jeu des forces. Il s’agit de découvrir les forces de chacun.

On introduit à l’aide de cartes 24 forces (empathie, intelligence sociale, résilience…), classées en six groupes.

Les élèves travaillent par groupes de 4-5 et ils identifient leurs forces principales. Chacun en choisit trois et explique au groupe ses choix. J’offre les forces que je reconnais dans mes camarades. J’apprends à pouvoir activer les forces dans mon quotidien.

Quand on a un projet, par exemple un voyage de classe, on commence par identifier les forces dont on aura besoin.

Pour aller plus loin : Nous avons sélectionné plusieurs sites et vidéos, dont une vidéo pour présenter les forces de caractère aux élèves. Laure Reynaud et Vanessa Clamy Sebag de ScholaVie donneront des conférences lors des rencontres de professeurs organisés par Nathan en avril et mai.


Auteur(s) :

Co-fondatrices de ScholaVie:

Laure Reynaud a enseigné 17 ans en France en primaire et au lycée et étudie la psychologie positive à Cambridge (I-MAPP d’Anglia Ruskin University).

Dr Ilona Boniwell dirige le MSc International en Psychologie Positive Appliquée (I-MAPP) à l’Université Anglia Ruskin (Royaume-Uni et France).