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Oral Participation in Class: Ideas from Britain

Posted by Speakeasy News > Monday 18 June 2018 > Pedagogy

Enseignante au Collège français bilingue de Londres, Aurélie Watts a pu observer l’efficacité des techniques de “effective questioning”, couramment utilisées au Royaume-Uni pour le travail à l’oral et en groupes. Elle nous présente dans ce premier volet plusieurs techniques pour favoriser le travail de l’oral. Un second article traitera plutôt du travail en groupes.


Parmi les idées d’évolution du Baccalauréat figure la perspective d’un « grand oral » qui valoriserait les compétences de l’oral. Or, la confiance nécessaire pour parler devant ses camarades, toute la classe, voire un jury, n’est pas innée et les élèves doivent y être régulièrement entrainés. Les langues peuvent jouer un rôle non négligeable dans cet entrainement.

Les résultats du Royaume-Uni aux tests PISA en matière de “collaborative problem-solving” comparés à ceux de la France démontrent que leurs méthodes pourraient trouver des applications utiles dans le développement et la préparation des élèves français au travail à l’oral et en groupes.

Voici quelques techniques qui peuvent s’adapter à différents niveaux, toutes matières confondues.

Effective Questioning
Le respect et la valorisation de la parole de l’élève
L’une des techniques enseignées aux étudiant-es en passe de devenir enseignant-es au Royaume-Uni est la technique du “effective questioning”. Afin de dépasser le questionnement binaire, dans lequel l’élève peut percevoir qu’il n’y a qu’une seule bonne réponse détenue par l’enseignant-e, les Britanniques utilisent une batterie de  modes de questionnements.

Toutes ces techniques induisent un temps de réflexion accordé aux élèves :

Pair Rehearsal (Think – Pair – Share) :
On propose aux élèves de prendre quelques minutes pour travailler sur une question, de façon individuelle puis de comparer leur réponses par paires avant de faire un retour à la classe. Cela permet de différer l’apport de la réponse et de donner l’occasion aux élèves moins à l’aise de peaufiner leur intervention et/ou de demander une aide de proximité au professeur, par exemple.

No Hands Up Rule
Les élèves sont prévenus que le / la  professeur-e ne prendra pas de réponses à main levée, toute la classe est susceptible d’être interrogée après un moment de réflexion — c’est le / la professeur-e qui sélectionnera les élèves.

On peut en imaginer des variantes, si la classe n’est pas trop nombreuse : annoncer, avant le travail de réflexion, le nom des élèves qui seront interrogés et former des groupes de travail autour de ces élèves. Demander à chaque groupe de donner le maximum d’aide possible à l’élève choisi-e. Les élèves travaillent donc pour aider le / la camarade et non pour la / le professeur-e et cela encourage un travail de groupes efficace et collaboratif.

Phone a Friend
Dans le cas où on a utilisé la “no hands up rule” et qu’un-e élève interrogé-e est dans l’incapacité de répondre, on peut lui offrir la possibilité de “phone a friend” comme dans le jeu télévisé Who Wants to be a Millionnaire. On demandera à l’élève interrogé-e initialement d’utiliser l’aide de leur ami-e comme tremplin pour fournir sa propre réponse, de réagir, d’étoffer, d’être d’accord ou pas d’accord selon le cas.

Cette technique peut éviter les refus de participer d’élèves plus faibles et rend le questionnement par le / la professeur-e amusant tout en gardant tous les élèves “on their toes” puisqu’ils peuvent tous à tout moment être « appelés ».

Une fois cette règle installée, les élèves tendent à l’utiliser spontanément et sans sollicitation.

Conscripts and Volunteers
Le /  la professeur-e prévient qu’il / elle prendra autant de réponses d’élèves volontaires que de non-volontaires (conscripts).

Fat Questions 
Les élèves ne peuvent répondre à une question qu’en utilisant un minimum de mots (10 ou 15 mots par exemple) dans une phrase complète. Ou bien, ils sont forcés d’utiliser certains mots / idiomes dans leur réponse.

Mettre les élèves en confiance
Toutes ces techniques visent à accroître la confiance des élèves en la validité de leur réponse et point de vue. Les enseignant-e-s français reconnaîtront certainement des techniques qu’ils / elles utilisent déjà sous d’autres noms.

Il est toujours déroutant pour un-e enseignant-e français-e de constater avec quelle assurance les jeunes Britanniques s’expriment lorsqu’ils s’adressent à leurs professeurs ou à des adultes en général. Leur aisance est si grande qu’elle peut être prise pour un certain manque de respect, tant ils ont été habitués dès le plus jeune âge à exprimer leur opinion librement et à voir l’enseignant-e comme participant à la recherche de solutions plutôt que comme détenteur de la solution.

Un site pédagogique de techniques d’enseignement fondées sur cette méthode s’appelle même “The Noisy Classroom” :  “Noisy” car les élèves sont en charge de la mise en œuvre des travaux de groupes. La forme de débat qui y est présentée donne un rôle différent à chacun des élèves (maître du temps, peace-keeper, juges etc), et les encourage ainsi à s’autoréguler et à gérer le temps et leur temps de parole.

Pour avoir personnellement expérimenté cette technique, je reconnais qu’il est parfois difficile pour l’enseignant-e de lâcher les rênes mais le résultat est extrêmement probant ; les élèves font preuve d’une maturité surprenante et l’enseignant-e est libéré-e de la tâche de régulateur (surtout après l’avoir mis en place une première fois) pour se concentrer sur le travail d’écoute des élèves et l’accompagnement de leur chemin de pensée et de la formation de l’opinion justifiée – l’essayer c’est l’adopter !


Auteur(s) :

Aurelie Charbonnel-Watts, est professeure d'anglais et Head of the English Department au Collège Français Bilingue de Londres